samedi 23 mai 2020

Le pays des arts...

est peuplé de grands égos, marchands de peu de choses, bien éloignés d'une idée de la vie commune que les arbres nourrissent par les réseaux cachés de leurs racines. À vouloir tirer son épingle du jeu, on se pique le doigt, on s'endort à soi-même. Et puis? Quand cela devient la raison d'écrire ou de jouer du pipeau, la fatuité colle aux pages et aux voix. 
On reconnaît les grands égos, ils aiment ceux qui les couvrent de fleurs, et méprisent les autres. 
Non, ce n'est pas un cirque. Le cirque, lui, amuse les enfants.
Peut-être une déchetterie de sens, de causes et de valeurs.
Pourtant, la force de s'unir n'est pas un slogan creux, quand il ne s'agit pas d'unir des ignorances ou des militaires.
Il me plairait beaucoup que cette époque de souffle à retrouver s'inspire d'une camaraderie d'esprit, s'ouvre à l'échange, il me plairait qu'au pays des arts, l'autre créateur soit une espérance, et non un concurrent. Il me plaît de sentir vibrer l'urgence d'utiliser les épingles du jeu sur un métier commun, pour s'occuper à coudre du lien. Comme font les arbres d'une même forêt. Que le vent porte alors les paroles innombrables dans les rues. Que le propos soit devant l'homme, et l'art devant l'artiste. Que nous soyons frères et sœurs d'ombre, afin de laisser dans la lumière un essentiel qui nous dépasse. 

vendredi 13 mars 2020


Corona…


Mais de quoi tu as peur ?

De contaminer un vieil homme qui trouve qu’un été de plus, ce serait une belles poignée de cerises en cadeau sur les gâteaux déjà reçus.

De ne pas accueillir les enfants, au petit matin, pour la leçon du jour, et le poème qu’ils ont étudié, et qu’ils réciteront jusqu’aux 3 avril pour être prêts, parce qu’ils l’aiment bien, ce poème. Ils n’ont pas tout compris, mais ça parle de l’été. Le prochain, celui qu’un vieil homme voudrait vivre encore.

De ne pas aller rire à la taverne de Trooz avec des potes qui ont besoin de rire parce que ce début d’année, avec les deuils, et toute cette pluie, ça fait des rivières brunes, et grasses, on n’a de la boue sur les souliers chaque jour, alors rire, et saluer des inconnus qui boivent leur café, comme ce vieil homme-là, dans un coin, qui rêve de l’été.

Du silence qui rampe.
De voir ceux que tu aimes se courber sous la fièvre et sous leur peur à eux, que tu devines.

De la solitude aigre qui va dormir dans les prisons et dans les homes.

D’oublier la frontière où les enfants meurent de froid.

De la bêtise des gros hamsters humains qui dévalisent une boutique.

C’est tout. Ce n’est pas une grande peur. Et la peur, ce n’est pas comme la mort d’un vieillard, ça peut se prendre dans les mains. C’est l’enfant. Tu peux bercer la peur et l’apaiser. Tu peux y mettre de l'été, des cerises.

Il y a de la beauté dans tous les combats humains.

De la beauté, n'est-ce pas? Et la beauté, ça se choisit, parfois.

mardi 11 février 2020

                                  "Nous serons heureux" 

                                          collection La Traversée ( Weyrich )

- sélection du Prix Facile à Lire, en Bretagne - 




"La Traversée" a vu le jour en mai 2010. La création d’une collection de romans destinés aux adultes en alphabétisation. Cette collection, récompensée par le prix du projet social en 2015, m’a offert l’une de mes plus belles aventures littéraires. C’est une merveille dans sa conception, un pari réussi, exemplaire, un projet citoyen modèle auquel je suis honoré d’avoir participé. 

PUBLIC concerné
classes d'apprenants en français, ( alpha et fle ), ados en peine avec la lecture classique. 

extrait

          - Tu dois trouver un travail, dit Oumar.
          - Un travail ? C’est horrible !
          - Si tu veux, tu travailles pour moi. Je vais faire un autre cambriolage. Une petite banque, mais un grand cambriolage, mon frère ! Avec l’argent, tu pourras acheter les couches pour ton enfant pendant six ou sept ans.
          - Les couches, c’est pendant six ou sept ans ? demande Jean.
          - Je ne sais pas.
          Jean appelle la serveuse.
          - Une autre bière ! dit-il. Je vais être papa.
          - Félicitations, répond la serveuse.
          Elle le sert, puis se penche vers son oreille et dit :
          - Les couches, c’est fini vers l’âge de deux ans.
          - Oh, ça va ! crie-t-il en riant.
          Il boit sa bière et sourit. Mais, soudain, son visage devient sévère. Il regarde Oumar dans les yeux.
          - Je ne fais pas un deuxième cambriolage, mon pote ! Mon enfant ne dira pas à l’école : « Papa est en prison ! » Il dira : « Papa est un homme bien. »
          Oumar secoue la tête, Jean reste très sérieux.
          - Je vais être poète, dit-il.





mardi 10 décembre 2019


Fin des deux concerts de lancement, autour du cd "comme à Ostende".

Inoubliables pour toute l'équipe.

PROCHAINEMENT :

mon duo avec Quentin Léonard reprend du service.
A l'affiche : "tu parles" et "Brel, Brassens, Ferré, tu connais?"

Dates et lieux à suivre… 

lundi 30 septembre 2019




Le 12 octobre 19 au Château de Péralta à 20h



Adresse du jour : Château de Péralta, Centre culturel Ourthe et Meuse, rue de l'Hôtel de Ville 6, 4031 Liège

Réservation : ccom@proximus.be / 04 366 10 61

Tarif : 18 € en tarif plein / 12 € pour les enfants -12 ans, étudiants et demandeurs d’emploi.


Dix-huit titres coups de cœur agrémentés d’extraits poignants de Benoit Misère, unique roman de Léo, chef-d’œuvre autobiographique méconnu.

Les chansons et les textes sont interprétés par Luc Baba. Sur scène, il est accompagné de musiciens d’exception : le guitariste Guy Lukowski, le pianiste Jean-Marie Dzuba, le contrebassiste Francis Danloy et le violoncelliste Loïc Duchêne. Le cd, enregistré par les cinq protagonistes au studio 96k, sera disponible lors du concert.

                                                                         

À l’occasion du lancement de la tournée, des photos de Léo Ferré seront exposées. Elles sont signées Hubert Grooteclaes et sont aimablement mises à disposition par la famille du photographe liégeois.
Exposition visible dès la fin du spectacle.

vendredi 12 juillet 2019



Reprise de l'écriture de "l'arbre d'oubli",

une saga familiale couvrant 2 siècles d'histoire. 

Ayo est enlevé au Dahomey, en 1803, embarqué sur un navire négrier. 210 ans plus tard, James Williams, professeur à la retraite, s'interroge sur son passé. Une enquête l'emmène sur les traces de ses ancêtres, dont un certain Sandy, qui servit le jeune Sam Clemens ( Mark Twain de son nom de plume) à Hannibal, dans le Missouri. 

  • extrait

Ouidah/1803



Ils traversèrent de longues terres inconnues, les poignets et la nuque meurtris par le carcan. Parfois,  les soldats se gavaient de goyaves et de papayes sous leurs yeux, et l’un d’eux versait de l’eau tiède entre les lèvres blanchies des prisonniers.

          Après trois jours de marche, ils arrivèrent à Ouidah, porte de l’océan. C’était une après-midi torride, la forêt craquait, les mouches butinaient le point des yeux.

          Autour de la ville s’élevaient trois forts surmontés d’un drapeau, d’une cloche sinistre et d’un vautour. A côté du pavillon portugais flottait un drapeau neuf annonçant la présence d’esclaves à vendre. Les soldats poussèrent les lots dans un cachot puant où rampaient des iules grandes comme la main. Une trentaine d’hommes y croupissaient déjà, des voleurs pour la plupart, un assassin, un Prince, et le fils d’un chef.

          La joue contre un grillage de bois noir, Ayo regarda le grand arbre de la cour. Dans l’ombre, un capitaine et ses lieutenants échangeaient des feuilles de papier. Ils se levèrent soudain pour saluer un vieillard vêtu de satin et chevauchant une carne grise. C’était le yovogan, ministre des blancs, patron du commerce des esclaves. Maigre d’avoir perdu le peu d’humanité qu’il avait dû connaître enfant, il était pourtant apprécié jusqu’aux déserts. Héros parce qu’il offrait, selon ses propres mots, un fauteuil d’or à la civilisation.

          Ayo observait chaque mouvement, rongé par une peur que chacun ressentait : celle d’être embarqué sur un bateau où il finirait découpé et salé pour nourrir les marins.

          A l’aurore, un officier vint les mettre debout en quelques beuglements. Escortés par deux soldats armés de mousquets, ils furent emmenés hors du fort, croisèrent un missionnaire qui leur sourit avant de prier, la bouche enfouie dans le creux de ses mains, puis des villageois ivres de rhum. Ils arrivèrent sur une place où le capitaine les rejoignit, accompagné d’hommes lourds et suants. A l’écart se trouvaient les enfants nus poussés en grappes, et les femmes au sexe caché, Yewande parmi elles, qui le vit et leva la tête. Son regard défiait le monde, il disait qu’on ne perd jamais tout.

          Deux hommes poussèrent Ayo sur les planches du comptoir où déambulaient le négociant et un médecin. Ils vérifièrent que la mâchoire fût solide, le muscle ferme, le dos droit, l’œil clair. Les instruments de mesure le scrutèrent, et le regard du Capitaine le transperça. Visiblement, la marchandise lui plaisait, il épongeait son visage rôti, acquiesçait d’un signe et claquait des doigts.

          D’un coup de chicot sur les cuisses, il fit courir un garçon de quinze ans qui devait lui sembler fragile, puis ils furent tous affublés d’une muselière pour le marquage au fer, question d’éviter les cris. Enfin, on les poussa par lots de trois vers une table où d’autres blancs causaient, leurs doigts montrant des chiffres.

          Enchaînés à nouveau, ils furent entassés dans des baraques, juste le temps de voir l’horizon, le bleu nuit, un bateau amarré aux voiles basses, tendu de cordes. Puis rien, la puanteur et les gémissements.

samedi 1 juin 2019


Hommage à Léo Ferré

- Westland Music /  Luc Baiwir Productions -


Un premier album aux origines improbables, 

rassemblant quelques musiciens d'exception.

Je lui consacre une page prochainement, 

avec un titre en cadeau, son histoire, et quelques anecdotes.


Disponible dès le 7 juin 19.



lundi 29 avril 2019

A PARAITRE en 2019


Nous serons heureux

Collection " La Traversée " / éd Weyrich

Cette collection est un projet ambitieux qui a vu le jour en mai 2010. Elle rassemble des romans destinés aux adultes en alphabétisation, en apprentissage du français, plus largement à tout public désireux de lire des romans écrits simplement.  Cette collection, dénommée « la Traversée » qui fut récompensée par le prix du projet social en 2015 m’a offert l’une des plus belles aventures littéraires qu’il m’ait été donné de vivre. C’est une merveille dans sa conception, un pari réussi, exemplaire, un projet citoyen modèle auquel je suis honoré d’avoir participé. 

Le principe est d'écrire dans un style très simple, en tenant compte des retours du public cible. 


EXTRAIT


Chapitre 13 - Cathy
           
          Jean sonne plusieurs fois à la porte de Cathy. Il pense : « Elle va ouvrir, elle va ouvrir. Elle m’aime, elle va ouvrir. »
          Il voit de la lumière, dans la chambre. Mais elle ne se montre pas.
          Il sonne encore. Le doute vient. Maintenant, il frappe la porte des deux mains, sonne encore.
          - Cathy ! Ouvre !
          Toujours rien.
          - Ouvre, allez !
          Mais c’est la fenêtre de la salle de bains qui s’ouvre. Pas la porte.
          - Tu veux quoi ? crie-t-elle.
          - Te parler. Je vais lire les poèmes chez les gens.
          La fenêtre est encore ouverte, mais Cathy n’est plus là. Soudain, elle se montre et se penche. Elle passe une main par la fenêtre et verse une grande tasse d’eau sur sa tête.
          - Oh ! se fâche-t-il. Pourquoi tu fais ça ? Cathy !
          Vite, il sort ses mouchoirs en papier, s’essuie le front et les cheveux. Il a envie de pleurer, maintenant.
          - Cathy ! Ma chérie, pourquoi tu fais ça ? Ouvre, merde !
          Rien. Silence. La fenêtre de la salle de bains est fermée. La lumière s’éteint.
          - Cathy, je vais lire ! J’ai changé d’avis, je vais les lire, les poèmes ! Ouvre !
          Il écoute, l’oreille contre la porte. Il entend des bruits de pas.  La porte s’ouvre. Cathy observe son homme d’un regard méchant. Puis elle regarde ses yeux tristes et ses cheveux en l’air. L’eau coule encore sur son front. Et maintenant elle rit.
          - C’est pas drôle, dit Jean. C’est pas drôle. Cathy. Pardon.
          Elle devient sérieuse, le regarde encore.
          - Entre, imbécile, dit-elle lentement.
          Il la suit, pas fier. Cathy lui lance un torchon, et Jean sèche son visage.
          - J’ai fait de la soupe, dit-elle.
          Jean s’arrête. Il a peur. Que veut-elle faire avec la soupe ? La verser sur sa tête ?
          - Alors ? demande-t-elle.
          - Alors quoi ? demande-t-il.
          - Tu en veux ?
          - De la soupe ? demande Jean. Mais pour quoi faire ?
- Manger. Tu veux faire quoi d’autre avec de la soupe ?











vendredi 19 avril 2019


"Découverte de Chroniques d’une échappée belle, le dernier récit de Luc Baba (prix Marcel Thiry 2018), d'Elephant Island ( Belfond - prix Gauchez-Philippot 2017 ), et du recueil BelgiqueS ( éd. KER ) Des extraits seront rendus vivants par leur lecture dans les lieux où ils se déroulent. Une balade animée par Guy Delhasse accompagné de l’actrice Mireille Bailly va permettre à tous et toutes de faire connaissance avec un romancier sensible, lucide et désireux de partager une passion pour l’écriture de sa ville." ( Théâtre de Liège ) 
samedi 27/04/2019 /  16:00 » 18:00  /   5 € | Terrain plat, accessible aux PMR
www.theatredeliege.be | Informations : +32 4 342 00 00

 A propos des chroniques : 
( https://www.babelio.com/livres/Baba-Chroniques-dune-Echappee-Belle/1049290 ) 
« Luc Baba est un écrivain poète, de ceux qui écrivent des histoires en sculptant les mots. Ici, il met son écriture au service des chroniques d'une expérience médicale qui l'a amené aux portes de la mort et qui lui a enseigné l'évidence de la vie. Ou peut-être est-ce l'expérience de la fatalité et de l'envie de vivre qui se met à nourrir son écriture d'une joie simple, d'une lucidité qui rend chaque phrase vibrante et touchante. Ou peut-être a-t-il été touché et vibre-t-il encore dans sa chair et parvient-il à nous le transmettre avec sa belle langue si simple et si soignée. Voilà, Luc Baba est sain et sauf et ses chroniques prennent soin de leurs lecteurs, soin de la poésie, soin de la vie. » 




mardi 11 décembre 2018




Grand projet autour de Brel avec une classe de Liège 1. Entre autres : lecture et échange autour de la bio "vivre à mille temps" et une version dite de "ces gens-là", traduite par les élèves dans leur langue maternelle. Enregistrement à suivre...






mardi 4 décembre 2018

PRIX MARCEL THIRY

Mes "chroniques d'une échappée belle" ont reçu le 1 décembre 18 le Prix Marcel Thiry. Monsieur Jean-Pierre Hupkens, échevin, et Véronique Wautier, auteure et membre du jury ont rendu un bel hommage au livre. 



Ce Prix est l'occasion pour moi de remercier les éditions Maelström, et tous ceux qui, à leur façon, m'ont accompagné de l'hôpital à la parution de ce livre. 


EXTRAIT

Demain, quelque chose aura changé, c'est cela que je pressens. Je serai en vie, mais en une autre vie, j'entendrai avec plus d'acuité les frémissements au fond du jardin, parce que j'aurai touché mes racines aux formes d'arbre.



samedi 13 octobre 2018


Les mots de Philippe Leucks 

à propos des "chroniques d'une échappée belle"

Luc Baba raconte la douleur, l'hôpital, le vertige, avec poésie, élégance, en petits chapitres clairs.
Sa chronique vaut par la lumière intense que les mots posent sur un monde abrupt (la maladie l'est toujours), ouvert (à l'aune du regard de Lili qui l'a adopté comme deuxième père), saisissable (puisque la langue s'apprend comme l'eau que le malade doit raisonnablement prendre, comme l'air à respirer), prégnant (les mots suffiront-ils à découdre la blessure?).
Parmi tous les livres en souffrance (et combien, et beaucoup trop pour mes yeux), ce témoignage au beau titre (on l'a "échappé belle", cri du coeur) s'insinue loin, fait place aux fleurs (ces orchidées d'un Prix de poésie décerné par l'A.E.B., le Delaby-Mourmaux, qu'il cite en p.25, reçu , au Sénat, pour un beau livre paru aux éditions M.E.O. - et j'en suis témoin direct, puisque je le présentai alors ), à la mer, au vent reconstructeur, à la musique (et combien, le poète romancier est chanteur, fan d'Arno, du Boss...).
Le livre remue parce qu'il est vécu d'un intérieur douloureux et partageable : qui n'a vécu, souffert, éprouvé l'hôpital, la maladie?
L'auteur sait doser souffrances et éclaircies, et l'éclairage sentimental ou amoureux, le sourire de Lili, la vie "devant soi" offrent au lecteur l'occasion de se repencher sur la gravité légère du monde, sa légèreté grave.
( texte à paraître dans LES BELLES PHRASES)
Philippe Leuckx

lundi 13 août 2018


Brel, Brassens, Ferré, tu connais? 

Spectacle musical tout public, par Luc Baba ( piano - chant )
et Quentin Léonard ( guitare - chant )

Après les Festival Grains de Sable de Deauville, en Normandie, 

et Rêves d'Océan à Doelhan, en Bretagne

En création pour la Belgique au Théâtre Royal de l'Etuve

rue de l'Etuve 12, 4000 Liège / reservation.etuve@gmail.com / 

0475/23 92 55 / ou 0474/ 678 613




14, 15 / 21, 22 SEPTEMBRE 2018 à 20H15
23 SEPTEMBRE à 15H30

www.fureur-etuve.be

mardi 26 juin 2018

En chantier

un recueil de nouvelles où je mets en scène des écrivains, en ces lieux et ces instants qui donnèrent naissance à de grandes œuvres. Voici 4 extraits, en forme de quiz.

           
- J’ai gravé mon nom là-bas, dit-il à Polidori.
- Là-bas ?
          - Sur l’écorce d’un chêne, du côté de Newstead. 

         
Puis il écrira l’histoire d’un prince, avec des mots très simples, parce qu’il a quand même envie qu’on le comprenne un peu, au moins les gens qui le connaissent.
         
Ressentir la terre et ses âmes, ça lui pince les veines, et le serpent d’étoiles crache des venins. Le temps ne roule plus, il foule effrontément les chroniques du bonheur, ce n’est même plus qu’il passe.

C’est décidé, mon noble assoiffé de sang aura dans mes songes les cheveux de Franz List. Et le premier décor sera cette ville agrippée, ce port baleinier rabattu. 

( Byron - Saint-Ex - Giono - Stoker ) 

vendredi 22 juin 2018

Bienvenue 

Dimanche 24 juin de 14h à 20h

Lectures, chant, musique 
à l'occasion de l"'après-midi des rêveurs".

J'y serai en compagnie de Julia H, El Hassan Chatar, Stéphane Martini et André Klenes

A boire et à manger sur place - Paf : 10€ ou libre ou troc

Théâtre de l'Être ASBL 14, impasse Saint - Nicolas 4000 Liège 

+32 476 259 211

dimanche 17 juin 2018

CD

J'enregistrerai dès juillet un cd comprenant 10-12 reprises de titres de Léo Ferré. 

Au piano :                        Jean-Marie Dzuba
A la guitare classique :    Guy Lukowski
Au violoncelle :               Claire Goldfarb
A la contrebasse :             Francis Danloie


Nous travaillerons au Studio 96K, à Trooz.


Voici un lien vers 3 titres démo où je me suis mis au clavier. Jean-Marie arrive, il range son vélo… 

https://soundcloud.com/luc-baba/la-vie-dartiste


Folle genèse…

         Un soir d'ivresse et de querelle amoureuse, j'ai posté sur fb une vidéo maladroite où je chantais quelques couplets de Souchon. Suite à cela, les Midis de la Poésie, à Bruxelles, m'ont proposé de rendre hommage à Ferré. J'ai chanté là-bas en compagnie de Manu Lann-Huel, chanteur breton, ami de Léo. J'ai parlé de ce projet à l'éditrice des éditions A dos d'âne, à Paris, chez qui j'ai publié une biographie consacrée à Brel. Aussitôt, elle m'a proposé d'écrire une bio sur Ferré. Quand le livre a paru, la mythique radio Libertaire m'a invité pour une heure d'émission, me proposant de diffuser une interprétation de mon cru. Une lectrice m'a signalé la naissance du studio 96K. Après l'enregistrement d'un titre ( Est-ce ainsi que les hommes vivent? ), le producteur m'a proposé d'enregistrer un cd. Lors de l'hommage donné à Bruxelles, les organisateurs du festival "Grains de sable", en Normandie m'ont demandé si j'avais un spectacle jeune public à leur proposer. J'ai alors créé "Brel, Brassens, Ferré, tu connais?", avec l'aide du chanteur Quentin Léonard. Après 3 dates en France, nous donnerons ce spectacle à Liège, au Théâtre de l'Etuve, en septembre. 

          L'abus d'alcool nuit gravement à la santé. Mais une cuite artistique, à l'occasion rare d'une dispute, ma foi, si cela peut ouvrir des portes… Cela dit, répétez après moi  : l'abus d'alcool nuit gravement à la santé. 




samedi 16 juin 2018


         

        Une nouvelle en cadeau. Je me suis plu à imaginer un monde où la littérature occuperait la place du foot, et réciproquement.   


        Le foot est mort, vive le foot !




On a perdu, hier soir. L’équipe était déforcée. Le banc ? Il est vide. Pas de remplaçants. Ils se sont reconvertis.

          - Les ailes ! criaient Jos, l’entraîneur. Vous ne jouez pas sur les ailes !

          - Ben non, j’ai fait. On nous les a piétinées, nos ailes.

          - Putain, je veux pas de poésie dans mon stade, OK ?

          Je suis l’ailier gauche. Enfin, gauche en première mi-temps, droite en seconde. On n’a pas les moyens de se déployer.

          Je suis ailier depuis l’âge de huit ans. Le Père-Noël aurait mieux fait de m’apporter un stylo, au lieu de poser un ballon sous le sapin.

          Hier, on a eu vingt-trois supporters. Bon, on a connu des stades vides.

          Dans le vestiaire, Jos a dit :

          - Je vais écrire à la presse.

          - Encore ? a soupiré Ben, le défenseur.

          - Et vous allez signer, tous.

          - Ouais, j’ai dit. On signe. Mais faut arrêter de raconter les souvenirs. Les journalistes, ça les intéresse pas.

          Tout le monde connait l’histoire. Du temps de mon père, les stades de Première Division étaient couverts de monde, les shorts n’étaient pas recousus par le gardien du stade, on tondait les pelouses avec des machines, pas avec des moutons.

          Le monde a changé trop vite, et les journaux s’en fouettent le rouleau d’imprimerie. Le sport n’a plus la cote. Le foot, surtout. Le scandale des maillots fabriqués par des gamins du Bengladesh et vendus à prix d’or, ça n’a pas servi notre cause, évidemment. Mais c’est pas la seule raison. Les mouvements de développement personnel, ça n’a pas servi les sports d’équipe.

Dans la presse écrite, on a droit à un quart de colonne le lundi entre la météo et l’horoscope. Et sur Internet, tu trouves des photos de foot en tapant « sport-vintage ».

          Il n’y en a que pour les livres. Ils font la Une un jour sur deux. Avec photos, paris, commentaires, classement des libraires. Sans compter les suppléments et les éditions spéciales. Pareil à la télé. « Nobel zannées », en prime time. « Bouquin câlin », tous les dimanches matins. A neuf heures, ma femme est debout.

          - On décernait le Prix Jean Balot du troisième roman des moins de trente ans, hier. Tu ne sais pas qui l’a reçu ?

          - Non, je sais pas.

          - J’espère qu’ils vont en parler.

          - Ouais, par contre ils ont dit aux infos que le Qatar venait de racheter les éditions « Goûte-le-verbe », à Siméon.

          - Ah bon ? Le Qatar ?

          - Comme je te le dis.

          - Chouette. C’est vrai qu’ils ont une bonne académie, à Siméon.

          - Et alors ?

          - Rien.

- C’est de la poésie, non, qu’ils publient ?

          - Oui. Le mois dernier, ils ont racheté un poète belge pour trente millions d’euros.

          - Ça me fait gerber, j’ai dit. Quand je pense qu’on doit se contenter de cinquante euros par match. Et qu’on ne peut plus jouer qu’à sept contre sept, comme des nains. C’est simple, je serais incapable de te citer plus de cinq footballeurs qui vivent de leur ballon dans ce pays.

          - Je sais que c’est difficile, mais il ne faut pas perdre la petite flamme, chou.

          La petite flamme. Je me suis senti triste, quand elle m’a dit ça. Mais triste ! Et ça m’a fait penser qu’à Lyon, ils s’éclairent à la bougie.

          J’ai de la chance d’avoir une femme qui accepte mon mode de vie. Franchement, c’est rare.

          - Tu sais ce qu’il m’a dit, Michel ? je lui ai demandé, à ma femme. Il a dit : « Mec, pourquoi tu tentes pas ta chance à Paris ? »

          - Il a dit ça ?

          - Comme je te le dis.

          - C’est bien, Paris ?

          - Bah. Tu sais, depuis que le Parc Des Princes est une librairie, ils jouent sur un terrain en cendrée dans la banlieue… Faut pas trop appuyer sur le mythe, non plus.

          - Et c’est qui, Michel ?

          - Un nouvelliste.

          - Waw, tu connais un nouvelliste ? Meeeerde ! La chance ! Pourquoi tu ne me l’as jamais dit ?

          J’ai haussé les épaules et fait semblant d’être fier. Pourquoi je lui ai jamais dit ? Et quoi ? Je devrais le lui présenter, aussi ? Présente un écrivain à ta femme, vas-y, si t’as envie qu’elle se barre, vas-y.

          En plus, elle est jolie, la mienne. C’est vrai. Mais les écrivains, ils plaisent aux jolies femmes. Si tu veux voir une brochette de biches, tu traverses un salon littéraire. Il faut voir les auteurs en interview, là-bas, devant les panneaux publicitaires. Et faut les voir en dédicace, foulard de soie sur le cou plein de rougeurs, le veston ouvert sur le portefeuille, la Porsche au parking.

          J’ai calculé que pour gagner en une vie le même pactole que celui d’un écrivain moyen, j’aurais dû commencer le foot au Moyen-Age.

          Dans les salons, les filles chassent le riche. Pourtant c’est le foot qu’elles regardent chez elles, souvent, pendant que l’homme rédige.

          On commence aussi à parler d’écriture féminine. Bon je trouve ça cool. Ce n’est pas la même qualité de style, mais je trouve pas mal que les mentalités évoluent. C’est prometteur, quoi. Le foot féminin a montré l’exemple, il y a un bail, déjà.

          Dans les écoles, ça commence à clignoter un peu. « Oui, l’exercice physique, après tout, pourquoi pas ? Oui, c’est vrai. » A Bruxelles, ils ont remplacé un hall d’écriture par une cour de récréation avec un petit goal. Au début, les enfants se couchaient dans le goal pour réciter des sonnets, mais certains commencent à apprécier le ballon. Le directeur les a autorisés à couvrir le cuir d’aphorismes. C’est bien vu, pédagogiquement. Et les poteaux des buts sont peints en tranches de livres.

          Le vocabulaire s’adapte aussi. On commence à parler de chapitres au lieu de parler de mi-temps. Les lignes médianes, c’est les tranches. Et pour le point de pénalty, on dit juste le point. On dit « dans la marge » au lieu de dire « hors-jeu ». Une « bonne lecture du jeu », ça se disait déjà dans le temps, je crois.

          Alors, attention, je ne veux pas qu’on pense que je suis jaloux des écrivains. Quand je regarde leur forme, leur corps soit trop gras, soit rachitique, je ne vois aucune raison de me plaindre. D’accord ils ont de l’argent et un crâne bien rempli, et de la culture à revendre, ce qu’ils ne se privent pas de faire, mais les pattes de héron sur un corps de blaireau, moi ça ne me fait pas cligner des yeux. Sans compter ce que coûte à la sécurité sociale la santé de ces misérables tous plus ou moins rongés par le tabac, l’alcool et le café.

          On le sait bien, pourtant, que le dopage diminue l’espérance de vie.

          Ce que je dis là, c’est qu’une société doit savoir ce qu’elle veut. Par exemple, fermer les yeux sur le scandale des auteurs béninois, je comprends pas. Des passeurs leurs vident la hutte en leur faisant miroiter de gros éditeurs suisses, mais ils se retrouvent sans papiers, si je peux dire, sur la touche, avec leur roman inachevé.

          Bon, je m’étais assis pour essayer de faire un livre aussi, mais tout ce que j’arrive à écrire, c’est ma colère et mon dégoût. Et ça n’intéresse pas les éditeurs. Alors c’est mon premier et mon dernier texte.

          Il faudra que je me trouve un vrai métier, vu que je suis menacé de sanctions par l’office du travail.

          - Alors, monsieur, qu’est-ce que vous mettez en place pour trouver du boulot ?

          - Ecoutez, je suis sportif de haut niveau. Le ballon, c’est mon identité, et…

          - Oui, ce n’est pas ma question.

          - D’accord, mais pourquoi les écrivains de haut niveau sont engagés par l’Etat, pendant que moi…

          - Vous… Vous avez songé à l’enseignement ? De nombreux joueurs de football sont également professeurs de gymnastique.

          Mais non, ça ne me tente, pas, merci ! L’hiver dernier, j’ai envoyé des enregistrements de passes et de dribles aux entraîneurs qataris et islandais, qui sont les deux pays majeurs du foot aujourd’hui. Un an de travail et de montage. Mais quand je recevais une réponse, c’était toujours le même refrain :

          Nous vous remercions de la confiance que vous nous accordez. Nous avons apprécié vos passes, malheureusement vos tirs au but ne correspondent pas à notre ligne d’attaque. En vous souhaitant bonne chance dans vos démarches, bla bla bla.

          Je continuerai. J’en enverrai d’autres, jusqu’à l’usure. Là, je vais jongler un peu avant que ma femme ne rentre du boulot. Depuis qu’elle dirige l’entreprise de sa mère, on se voit pas beaucoup. Et là, c’est la période des Prix. Ce soir, les grands écrans fleurissent partout sur les places des grandes villes. On décerne le Nobel. Le favori est espagnol, ça promet des défilés de voitures et de klaxons jusqu’aux petites heures. L’année dernière, c’était un Italien. Il fallait voir le boulevard, la foule, les bras arborant un livre aux couleurs du pays. On a même vu des jeunes torse-nu sur des capots de voiture. Ils récitaient des paragraphes entiers au porte-voix sous les clameurs de la foule en liesse.

          Il y a une poignée d’extrémistes, parmi eux. Des bookigans, on les appelle. C’est à ceux-là aussi qu’on doit la révolution des Lettres. Ils ont détruit par le feu des ballons sur les places, et des chaussures à crampons. Après ça, les campagnes de lecturisation, ça cartonnait.

          Il y a eu des manifs, un moment, parce qu’on a vu des Indiens sortir des bois pour condamner la destruction de leurs terres pillées pour leurs arbres de qualité qui donnent un papier parfait. Mais maintenant tout est recyclé.

          La semaine prochaine, on remet la Plume d’or, et la Plume d’ébène pour le meilleur écrivain black publié chez un éditeur belge. J’ose plus allumer ma télé.

          Bon. Entraînement dans la cour, question d’oublier un peu ces débauches intellos. Il faut huiler les plumes de l’aile, plumes de manchot, pour la beauté du geste. Il faut continuer d’aimer la sphère de cuir, le partage de la boue, de la grêle, des sueurs gaspillées. 

Ça va me faire du bien, de faire des passes au mur.

Dimanche, après le match, promis, j’aiderai le gamin à rédiger son travail de fin d’études : le romantisme dans le football post-moderne.

Mais je ne sais pas si je dois en rire ou en pleurer.

Le foot est mort. Vive le foot !