lundi 3 février 2014

 La révolution des mandarines - roman jeunesse en chantier                  


extrait


La neige couvrait tout le pays, avec ses tout petits pas, son air de rien.
            Justin joua dedans jusqu’à midi. Il essaya de construire un igloo pour Faustinet, la poupée monstre, c’était le nom écrit sur l’étiquette. Mais l’igloo s’effondrait, alors il construisit un bonhomme de neige monstre, et s’aperçut avec bonheur que c’était les plus faciles à réussir. Il lui fit une chevelure avec le foin de la chèvre, et l’appela Lison.
            - Lili ! J’ai fait ta statue ! Ha !Ha ! Viens voir !
            Elle vint démolir l’engeance à grands coups de pied partout, pendant que Justin hurlait en pleurant :
            - Tu te fous des coups de pied à toi-même ! J’m’en fous, tu t’es toute cassée !
            Pour se venger, il la fit tomber par terre, le nez devant, et s’assit sur sa tête, parce que, malgré ses huit ans, il était bon en sport, bâti comme un grand de dix ans, il était bon surtout comme keeper de handbal, parce qu’il était costaud sans être mou.
            - Ha ! T’as le cerveau qui gèle ? Elle a le cer-veau qui gèèè-leeeuh !
            - Justin !
            Ils furent aussitôt punis dans leur chambre, punis par l’ennui sans Internet et sans play-station.
            Tellement d’ennui que Justin ouvrit son livre, et regarda les images. Toutes les images. De laides images naïves,  avec des enfants au sourire attardé, dessinés en style moderne avec le corps trop long. Douze contes de douze pays de tous les continents, et le même air épaté, la même maladie déformante, et parfois un méchant animal, plein de dents et de cris aigus.
            Parce qu’il s’ennuyait encore, Justin regarda une seconde fois, et son attention fut attirée par un visage différent, celui d’une fillette de cinq ou six ans, du genre petite Indienne qui ne souriait pas. D’ailleurs, il eut l’impression qu’elle devait avoir plus ou moins la même tête que lui à ce moment-là, avec la peur de quelque chose. Elle était dessinée normalement, assise entre des maisons de ferraille et de carton. Il trouva qu’il l’aimait un petit peu bien, et referma le livre, se colla le nez à la fenêtre, et là, il vit un épervier qui saignait un moineau, juste à côté des débris de la statue de Lison.
            - Coool !
            Le rapace emporta sa proie en quelques battements lourds, et Justin poussa la tête sur le palier.
            - Maman, je suis encore puni longtemps ? J’en ai marre.
            - Encore dix minutes.
            - Je compte !
            Il compta jusqu’à quinze, mais c’est ennuyeux de compter, surtout quand on ne compte rien que des secondes vides, alors il regarda la petite trace rouge à côté de la tête fracassée, et les cheveux de foin éparpillés par-dessus. Pendant trois secondes, ça  lui donna envie de s’excuser auprès de sa sœur, mais à condition qu’elle s’excuse en premier, sous peine de finir comme sa statue.
            - C’est bon, les enfants, vous pouvez descendre. Je vous attends en bas pour une petite explication.
            La « petite explication », c’est la cerise pourrie sur le gâteau pourri de la punition.

            Justin resta face à la fenêtre, observant la neige, la paille et les gouttes de sang, comme si c’était plus important que tout ce qui avait pu exister dans ce jardin depuis sa naissance. Il fallut que sa mère vienne le chercher d’une voix douce, parce qu’elle devait penser qu’il restait là pour se punir encore un peu. Il faisait cela parfois, quand elle pleurait à cause de lui.

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